Article rédigé à partir d’informations présentées dans une émission de France 24 consacrée à la dépression au féminin, avec les analyses de la psychiatre Lucie Joly, autrice de « La dépression au féminin : démystifier, comprendre, guérir ».

Crédit image : Dr. Lucie Joly & France24 / Youtube

La dépression constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de santé publique à l’échelle mondiale. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relayées par France 24, près de 5 % de la population mondiale en souffrirait, soit environ 332 millions de personnes. Parmi elles, les femmes sont largement majoritaires puisqu’elles représentent près des deux tiers des patients touchés.

Pour la psychiatre Lucie Joly, cette différence ne relève pas du hasard. Les femmes traversent au cours de leur vie plusieurs périodes marquées par d’importants bouleversements hormonaux : la puberté, les grossesses, le post-partum et la périménopause. Ces transformations biologiques influencent directement le fonctionnement du cerveau et peuvent favoriser l’apparition d’épisodes dépressifs.

Un constat interpelle particulièrement les spécialistes : avant la puberté et après la ménopause, les taux de dépression sont similaires chez les hommes et les femmes. En revanche, pendant toute la période de fertilité, les femmes présentent un risque environ deux fois plus élevé de développer la maladie.

Le post-partum, une urgence sanitaire encore sous-estimée

Parmi les formes de dépression les plus préoccupantes figure la dépression du post-partum. Souvent minimisée ou insuffisamment détectée, elle représente pourtant un enjeu majeur de santé publique.

Comme le rappelle France 24, le suicide constitue la première cause de mortalité dans l’année suivant la naissance d’un enfant. En France, une jeune mère mettrait fin à ses jours en moyenne toutes les trois semaines. Cette réalité dramatique reste souvent masquée par les représentations idéalisées de la maternité, qui laissent peu de place à l’expression de la souffrance psychique.

Les femmes concernées doivent ainsi affronter une double épreuve : les symptômes de la dépression eux-mêmes et le sentiment de culpabilité lié à l’incompréhension de leur entourage.

Des symptômes différents selon le sexe

Autre enseignement mis en avant par les spécialistes : les manifestations de la dépression ne sont pas toujours les mêmes chez les hommes et chez les femmes.

Les hommes présentent plus fréquemment de l’irritabilité, de l’agitation ou de l’agressivité. Les femmes, quant à elles, souffrent davantage d’hypersomnie, d’une augmentation de l’appétit et d’un ralentissement général de l’activité.

Malgré ces différences, les traitements proposés restent souvent identiques. Une situation qui interroge de nombreux chercheurs, notamment lorsqu’il s’agit de comparer une dépression liée au post-partum à une dépression déclenchée par d’autres événements de vie.

Le poids des facteurs sociaux et environnementaux

Les hormones ne constituent cependant pas l’unique explication. Des facteurs génétiques pourraient également jouer un rôle, tout comme les conditions sociales et environnementales.

L’essor des réseaux sociaux est notamment associé à une augmentation des troubles dépressifs chez les adolescents et les jeunes adultes, en particulier chez les jeunes filles exposées à des standards physiques souvent irréalistes.

Les périodes de crise collective, qu’il s’agisse de conflits armés, de difficultés économiques ou encore de la pandémie de Covid-19, ont également montré leur capacité à faire progresser les taux de dépression dans la population.

Une médecine longtemps pensée au masculin

Lucie Joly établit également un parallèle avec les maladies cardiovasculaires. Comme pour l’infarctus du myocarde, les symptômes peuvent différer selon le sexe, ce qui peut entraîner des retards de diagnostic et de prise en charge.

Cette situation trouve en partie son origine dans l’histoire de la recherche médicale. Pendant longtemps, les femmes ont été sous-représentées dans les essais cliniques, les chercheurs estimant que les variations hormonales compliquaient l’interprétation des résultats.

Cette approche a contribué à construire une médecine fondée principalement sur les modèles masculins, avec pour conséquence une compréhension parfois incomplète des spécificités féminines.

Les travaux de spécialistes comme Lucie Joly contribuent aujourd’hui à faire évoluer les connaissances sur les spécificités de la dépression chez les femmes. Une meilleure prise en compte des facteurs biologiques, hormonaux, psychologiques et sociaux apparaît désormais essentielle pour améliorer la prévention, le diagnostic et les traitements.

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