Le lipomodelage mammaire connaît un véritable essor, aussi bien en chirurgie reconstructrice qu’en chirurgie esthétique. Cette technique consiste à prélever la propre graisse de la patiente pour la réinjecter dans les seins, offrant une alternative aux implants, avec des résultats naturels et moins de complications graves. Une approche autologue qui séduit de plus en plus. Le Dr Catherine Bouteille nous explique ses possibilités et ses limites.

Le lipomodelage après un cancer du sein

Le Green Flag : Comment se déroule concrètement un lipomodelage ?

Dr Bouteille : L’intervention dure à peu près une heure au total et peut être réalisée en ambulatoire le plus souvent. On utilise une canule d’aspiration, introduite par une incision de quelques millimètres, en général 5 mm, pour aspirer la graisse là où la patiente le souhaite : le plus souvent au niveau de l’abdomen, des membres inférieurs ou des flancs.

La graisse est collectée dans un container stérile et traitée le plus souvent par centrifugation. Les cellules graisseuses ou adipocytes sont réinjectées ensuite dans le sein avec une aiguille à bout mousse d’1,5 mm permettant une rançon cicatricielle quasi absente.

La graisse réinjectée est-elle définitivement intégrée dans le sein ?

Dr Bouteille : La totalité de la graisse réinjectée n’est pas intégrée et plusieurs études montrent une perte d’environ 30% du volume injecté qui est résorbé par l’organisme. Cela crée parfois l’apparition dans le sein de kystes contenant un liquide huileux qui peuvent inquiéter les patientes mais sont sans gravité et se résorbent également.

Après cette résorption initiale, le volume restant est ensuite stable dans le temps.

À partir de quand le résultat est-il stable ?

Dr Bouteille : En général, entre 4 et 6 mois. C’est aussi l’intervalle que l’on conseille entre deux séances de lipomodelage, car si l’on utilise cette technique pour reconstruire un sein en totalité, il faut plusieurs séances.

« On utilise cette tecnique pour reconstruire complètement le sein, sans prothèse ni lambeau. »

Dans quelles situations propose-t-on le lipomodelage après un cancer du sein ?

Dr Bouteille : Il y a eu une évolution dans le temps. Au départ, on utilisait cette technique pour corriger les séquelles dites radiochirurgicales, pour corriger les malformations du sein, comme les seins tubéreux et pour améliorer les résultats de reconstructions mammaires faites par d’autres techniques (implants ou lambeaux musculo-cutanés).

Depuis environ deux à trois ans, on utilise cette tecnique pour reconstruire complètement le sein, sans prothèse ni lambeau. On peut le faire de façon différée, à distance de la mastectomie ou de façon immédiate, lors de l’ablation du sein, de plus en plus souvent si les patientes le souhaitent. Il est toutefois nécessaire que les sites donneurs graisseux de la patiente soient suffisants suffisamment.

Il existe des hématomes sur les sites prélevés qui persistent environ 15 jours à 3 semaines après l’intervention.

Le lipomodelage présente-t-il un risque de récidive ?

Dr Bouteille : Plusieurs études internationales ont répondu à cette question avec un suivi de 10 ans. Elles ne montrent pas de sur-risque à utiliser cette technique. Les résultats sont les mêmes qu’avec les autres techniques de reconstruction, qu’il s’agisse des prothèses ou des lambeaux

Y a-t-il des situations où vous déconseillez cette technique ?

Dr Bouteille : Son avantage est qu’elle a peu de contre-indications. Beaucoup de femmes se voient refuser une reconstruction parce qu’elles fument, sont en surpoids, ont du diabète ou ont reçu de la radiothérapie. Pour le lipomodelage, ce n’est pas un obstacle.

Les freins sont de deux ordres. D’une part, la patiente doit être d’accord pour être reconstruite et pour subir plusieurs interventions : quelle que soit la technique, il en faut au moins deux à trois, et avec le lipomodelage plutôt trois à quatre. D’autre part, elle doit avoir suffisamment de sites graisseux disponibles. Si elle est trop fine, il ne s’agit pas d’abîmer les sites donneurs.

« Il améliore la trophicité des tissus, c’est-à-dire la qualité et la souplesse de la peau, en particulier lorsqu’elle a été altérée par les rayons. »

Les rayons fragilisent les tissus. Le lipomodelage peut-il améliorer la peau et les tissus après une radiothérapie ?

Dr Bouteille : Oui. Le lipomodelage a un double avantage : il apporte du volume, ce qu’on cherche pour reconstruire un sein, et il améliore la trophicité des tissus, c’est-à-dire la qualité et la souplesse de la peau, en particulier lorsqu’elle a été altérée par les rayons.

Quel est le suivi médical après un lipomodelage ?

Dr Bouteille : Après un cancer du sein, avec ou sans reconstruction, la surveillance est assez codifiée : un examen clinique tous les 6 mois et, en général, une échographie mammaire et axillaire tous les ans, que ce soit après une prothèse, un lambeau ou un lipomodelage. Pour l’instant, la surveillance n’est pas différente avec la technique utilisant le lipomodelage. En cas d’anomalie clinique toutefois, on la complète par une mammographie ou une IRM voir une biopsie.

Faut-il adapter le suivi radiologique après l’intervention ?

Dr Bouteille : On peut l’adapter si la patiente présente des anomalies en particulier les kystes huileux survenant souvent après cette technique. Si la patiente perçoit un nodule sous la peau, on réalise une échographie pour vérifier qu’il s’agit bien d’anomalie bénigne.

Le lipomodelage dans le cadre esthétique

Le Green Flag : Le lipomodelage peut-il être une alternative aux prothèses mammaires pour augmenter la poitrine ?

Dr Bouteille : Je ne réalise que la chirurgie réparatrice. Cela dit, les techniques utilisées en réparatrice sont les mêmes qu’en esthétique. Il est possible d’utiliser cette technique lorsque les femmes souhaitent augmenter le volume de leurs seins comme alternative à la pose d’implants à condition toujours que les sites de graisse soient suffisants. Un bilan sénologique radiologique est alors indispensable avant la réalisation de ce geste.

En cas d’antécédents familiaux chargé il est nécessaire de discuter de cette technique chez des femmes dont le suivi doit être adapté à ce surrisque familial (programme national Interception en cours) ce qui impose une certaine vigilance.

« Un volume conséquent jusqu’à un bonnet D peut être obtenu »

Peut-on obtenir un véritable gain de volume uniquement avec sa propre graisse, par exemple passer d’un bonnet A à un bonnet C ?

Dr Bouteille : On pourrait penser qu’on est limité par le volume que l’on veut obtenir, mais pas du tout. Un volume conséquent jusqu’à un bonnet D peut être obtenu à condition que la patiente accepte peut-être une séance de plus et, surtout, ait suffisamment de sites donneurs. Le volume n’est donc pas une limite, d’autant qu’en esthétique la peau est de bonne qualité et n’a pas reçu de rayons.

Quelles différences entre une augmentation par prothèses et par lipomodelage ? Y a-t-il des critères anatomiques ?

Dr Bouteille : L’intervention dépend des souhaits de la patiente et de la nécessité de cure de ptose associée ou non.

L’avantage du lipomodelage outre la convalescence plus rapide consiste en un résultat stable dans le temps, en esthétique comme en réparatrice. La graisse évolue comme le reste du corps et les seins. Par ailleurs , comme en réparatrice, il n’y a pas à envisager de changer un implant (tous les 15 ans environ ou avant en cas de problème) et par ailleurs les risques d’infection liés aux corps étrangers sont beaucoup plus faibles avec le lipomodelage.

« Comme il y a moins de complications graves, on peut proposer à plus de femmes cette chirurgie. »

Le lipomodelage est présenté comme plus naturel puisqu’on utilise sa propre graisse. Est-il aussi moins risqué qu’une prothèse ?

Dr Bouteille : La satisfaction concernant la souplesse, la forme du sein est importante avec les techniques autologues.

Par ailleurs le taux de complications et en particulier la survenue de complications graves nécessitant une reprise chirurgicale sont beaucoup plus faibles avec le lipomodelage (moins de 2 %) versus implants (au moins 15%).

Comme il y a moins de complications graves, on peut proposer à plus de femmes cette chirurgie. Une femme en surpoids ou fumeuse a un réseau vasculaire de moins bonne qualité et plus de risques de complications : on ne lui proposera pas de lambeau et on sera frileux pour une prothèse. Pour le lipomodelage, il n’y a pas de souci.

Le résultat est-il définitif, ou faut-il attendre 6 à 8 mois comme pour une reconstruction ?

Dr Bouteille : Dès qu’on retouche le sein, quelle que soit la technique, il y a une évolution des tissus et de l’étui cutané pendant plusieurs semaines. Il faut donc attendre au moins 4 à 6 mois pour que le résultat soit stabilisé.

Une perte ou une prise de poids modifie-t-elle le résultat ?

Dr Bouteille : Après la phase de cicatrisation, l’évolution est stable (prise de poids, amaigrissement, vieillissement ne modifient pratiquement pas le résultat du lipomodelage). Avec les prothèses, il faudra forcément faire des retouches dans le temps.

Si vous deviez donner un seul conseil à une femme qui envisage un lipomodelage mammaire esthétique ?

Dr Bouteille : Je lui conseillerais d’abord de bien discuter avec son chirurgien et de s’informer des avantages et inconvénients des chirurgies esthétiques, de ce que cela

implique dans le temps. Un temps de réflexion est indispensable quel que soit l’intervention choisie car en esthétique il n’y a pas de caractère d’urgence.

Incontestablement, que ce soit en chirurgie réparatrice (et en particulier pour la reconstruction complète après cancer sans implant ni lambeaux musculo cutanés) ou esthétique le lipomodelage connait une extension depuis quelques années de par ses résultats naturels au prix d’une chirurgie moins lourde mais nécessitant une expertise chirurgicale comme pour les autres techniques .

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