Douleurs pendant les rapports, endométriose, infections récidivantes, cicatrices post partum, vulvodynie… La santé pelvienne reste encore largement méconnue, alors qu’elle concerne les femmes à tous les âges de leur vie. Pour Marion Codino, masseur-kinésithérapeute spécialisée en santé de la femme, mieux prendre en
charge ces douleurs passe aussi par une meilleure connaissance de son corps, un
parcours de soins pluridisciplinaire adapté et une relation de confiance avec les professionnels de santé.

Kinésithérapeute depuis une dizaine d’années, Marion Codino exerce à Paris, dans le 16e
arrondissement. Elle s’est rapidement spécialisée dans la santé de la femme, un domaine qu’elle juge particulièrement vaste. « De la puberté à la ménopause », résume t-elle.
Après sa formation initiale, elle a multiplié les spécialisations autour de la grossesse, du
post-partum, du syndrome génito-urinaire de la ménopause, des douleurs pelviennes ou encore de la prise en charge des cicatrices. Une évolution professionnelle née aussi d’un constat : les problématiques rencontrées par les femmes sont souvent plus complexes qu’il n’y paraît. « Le post-partum, par exemple, est beaucoup plus complexe que ce qu’on apprend dans la formation de base », explique-t-elle. Au fil des années, la kinésithérapeute a donc développé une approche mêlant travail manuel, exercices et technologies de pointe.
Car lorsqu’une douleur s’installe, la prise en charge peut devenir longue et nécessiter un travail en réseau.
« Il faut essayer de rassurer les patientes et leur dire qu’elles ne sont pas des cas isolés, que nous allons prendre en charge les symptômes afin d’améliorer rapidement leur fréquence et intensité mais que cela demande aussi un investissement de leur part au quotidien pour y arriver ensemble », explique Marion Codino. En effet, le délai d’amélioration peut varier d’une patiente à l’autre, notamment en fonction de son investissement dans la rééducation et n’est pas forcément corrélé à la gravité du bilan initial.
Les douleurs pelviennes chroniques représentent ainsi un véritable enjeu. Endométriose, douleurs liées à des cicatrices après une déchirure ou une césarienne, vulvodynie… Certaines femmes peuvent également avoir connu des douleurs pendant les rapports bien avant une grossesse c’est ce qu’on appelle la dyspareunie. Près de 4 femmes sur 10 âgées de 18 à 49 ans déclarent des douleurs lors des rapports, au moins occasionellement selon l’étude CONSTANCES publiée en 2021.
« Il faut être en confiance pour pouvoir discuter de tout »
Pour la kinésithérapeute, l’un des premiers enjeux consiste à sortir de l’idée selon laquelle ces douleurs seraient une fatalité. La première étape est donc de retracer précisément l’histoire de la patiente : quand la douleur est-elle apparue ? Dans quelles circonstances ? Comment a-t-elle évolué ? Cette histoire permet de mieux comprendre le problème, mais aussi d’aider la femme à mettre des mots sur ce qu’elle ressent et surtout la laisser parler dans un premier temps. « Il faut être en confiance pour pouvoir discuter de tout ». Le bilan clinique arrive dans un deuxième temps.
Dans cette prise en charge, le kinésithérapeute ne travaille pas nécessairement seul.
Lorsque cela est nécessaire, il peut réorienter la patiente vers un médecin spécialisé
dans la douleur, mais aussi vers d’autres professionnels, comme un nutritionniste, sophrologue, ostéopathe. « C’est à nous de recréer le parcours, même si elles ne l’ont pas eu à la base », estime Marion Codino. La patiente peut d’ailleurs consulter un kinésithérapeute sans ordonnance pour un premier bilan et obtenir des informations. Elle peut également passer par son médecin généraliste ou son gynécologue afin d’être orientée dans le cadre d’une prescription. Cette notion de parcours est particulièrement importante lorsque les douleurs sont anciennes. Certaines femmes ont parfois consulté plusieurs professionnels sans obtenir de réponse satisfaisante.
Pour Marion Codino, il est alors essentiel de remettre de la cohérence dans la prise en charge et surtout de faire comprendre à la patiente que sa douleur est entendue.
La relation avec le gynécologue occupe également une place centrale dans son discours. Premier conseil de la professionnelle : pouvoir parler librement de tous les sujets, y compris lorsqu’il s’agit de douleurs pendant les rapports, de peur des examens
gynécologiques ou du frottis. « Si le gynécologue ne sait pas, on ne communique pas avec lui et il peut aussi moins bien réorienter », souligne-t-elle. D’où l’importance, selon elle, de ne pas hésiter à changer de praticien lorsque le feeling ne passe pas. L’objectif est de pouvoir se sentir suffisamment en confiance pour évoquer des symptômes parfois intimes ou difficiles à verbaliser.
Il n’est pas obligatoire de consulter « le gynécologue de maman »
La première consultation gynécologique ne devrait d’ailleurs pas être repoussée jusqu’à
l’âge adulte avancé. Marion Codino évoque plutôt à la puberté (de plus en plus précoce), en fonction notamment de l’âge des premières règles, ou encore des premiers rapports sexuels. L’idée n’est pas de fixer un âge unique pour toutes, mais de permettre aux jeunes femmes d’avoir suffisamment tôt un professionnel avec lequel elles peuvent parler car il faut differencier la première consultation de l’examen gynecologique interne.Et surtout, insiste-t-elle, il n’est pas obligatoire de consulter « le gynécologue de maman ». Chaque femme doit pouvoir choisir un praticien avec lequel elle se sent en confiance, homme ou femme.
Cette connaissance de son propre corps constitue pour elle un véritable outil de
prévention. Comprendre ce qui relève de la normalité et ce qui peut au contraire être le
signe d’une pathologie permet aussi de mieux savoir quand consulter.
« Chaque femme doit avoir un minimum de connaissances sur son corps », affirme-t-elle. Une connaissance qui peut passer aujourd’hui par la lecture d’articles ou livres de santé accessibles au grand public, par les réseaux sociaux et les podcasts (à
condition de s’appuyer sur des informations pertinentes) ou par les échanges avec ses amies ou professionnels de santé.
« Chaque patiente est différente donc chaque protocole est du sur mesure »
Dans son cabinet, Marion Codino utilise également différentes technologies pour
compléter la rééducation. Parmi elles, la photobiomodulation, qui utilise des lumières
rouge, bleue et infrarouge sous forme d’’une sonde intravaginale. Une séance dure environ neuf minutes et intervient en complément du travail classique de rééducation. Selon la kinésithérapeute, cette technologie est notamment utilisée pour ses effets
antalgiques et décontracturants et serait particulièrement bien tolérée.
Elle évoque également un intérêt dans certaines problématiques bactériennes / infectieuses ou de déséquilibre de la flore vaginale, tout en rappelant que les situations chroniques ou récidivantes nécessitent d’en rechercher la cause et une prise en charge adaptée.
Autre technologie utilisée en cabinet : la Tecarthérapie, ou radiofréquence, aujourd’hui
plus courante dans les cabinets de kinésithérapie et de sages-femmes. Là encore, Marion Codino insiste sur un point : la technologie ne fait pas tout. Son utilisation doit êtreadaptée à la pathologie et au protocole choisi. « C’est très opérateur-dépendant », explique-t-elle. Une mauvaise utilisation ou une puissance trop importante peut notamment provoquer des phénomènes inflammatoires et majorer certaines douleurs, notamment dans le contexte de l’endométriose. La formation du professionnel et sa connaissance des pathologies sont donc essentielles. « Chaque patiente est différente donc chaque protocole est du sur mesure ».
Au-delà des appareils et des techniques, le message de la kinésithérapeute reste
finalement très simple : les femmes doivent pouvoir connaître leur corps suffisamment
pour identifier ce qui leur semble inhabituel et oser en parler.
De la puberté à la ménopause, les problématiques évoluent, mais l’enjeu reste le même : ne pas banaliser une douleur, ne pas rester seule face à un symptôme et savoir vers qui se tourner. Car mieux connaître son corps, c’est aussi mieux comprendre ses symptômes, mieux dialoguer avec les professionnels de santé et, lorsque cela est nécessaire, entrer plus rapidement dans un parcours de soins adapté.

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